samedi 18 août 2012

Le XVIIIe autour du monde: petites idées pour le weekend à Arcelot

Comme indiqué dans le titre du billet, le weekend des Journées de la Marquise, au château d'Arcelot, approche à grands pas. Cette année, les châtelains ont décidé d'un thème à la fois original, complexe et motivant: le XVIIIe autour du monde.

Mais j'en entends déjà certains dire: mais la mode n'est pas française au XVIIIe? Oui et non, c'est en fait bien plus complexe (et intéressant!) que cela. Dès que l'on gratte un peu, on peu apercevoir des différences plus ou moins importantes.

C'est vers quoi je vais essayer de vous orienter. Pour commencer, prenons le premier navire en partance pour le Royaume Uni, grande puissance rivale de la France au XVIIIe siècle. 

Au royaume de sa majesté Georges III et de la reine Charlotte, on a le goût de la simplicité et l'esprit pragmatique. Le noble est avant tout un gentleman farmer, qui chasse à cour ou à pied, aime les jeux de plein air et parcourt son domaine. Il aime les exercices physiques et la tendance à l'austérité. L'homme de cour est plus typiquement français. Ils sont d'ailleurs moqués pour leurs habits chamarrés, leurs coiffures extravagantes et poudrés, leurs habitudes maniérées. Dans les années 1770, l'adoption de cette mode française outrancière par les jeunes britanniques les fait surnommer les "Macaronis" (voir l'article sur Wikipedia à ce sujet), mouvement typiquement britannique

1732 Philips, La famille Strong, Metropolitain Museum.

Le goût des britanniques en matière de mode les porte vers une recherche du confort dans les coupes et les matières (lainages, lin, coton, drap, mousseline) et les couleurs sombres. 
1729, Hogarth, Le mariage de Stephen Beckingham et Mary Cox, Metropolitain Museum.

Les hommes portent la redingote. Le mot a d'ailleurs une étymologie parlante, il vient de "riding coat", autrement dit, le manteau pour faire du cheval. Ils portent également le frac à col, manches sans revers et poignets à la marinière, des redingotes à collets, des bottes collantes et souples. Les trois pièces de l'habit sont souvent de même étoffe, contrairement à ce qu'il se fait en France. Le port de culottes en peau, s'arrêtant sous le genou est courant. 
1761-66 REYNOLDS L'Honorable Henry Fane (1739–1802) avec Inigo Jones et Charles Blair, Metropolitain Museum. Habits de chasse, décor sobre, culottre de peau. Un style qui sera adopté vingt ans plus tard en France.

Dans les années 1740, les classes aisées adoptent le "great coat", un grand manteau de voyage, bien enveloppant, issu des classes laborieuses.

Chez eux, les hommes portent le banyan, sorte de robe de chambre mi-longue ornée de passementeries et venant des marchands indiens.

En guise de coiffure, les hommes ne se poudrent pas. Ils portent leurs cheveux, quand ils en ont assez, ou des perruques, coiffées à la "pig-tail"; c'est à dire tressés serrés avec un ruban. C'est une mode typiquement anglaise, mais que l'on retrouve aussi dans les armées de Frédéric II de Prusse. Cela faisait une sorte de protection rigide sur la nuque lors des batailles. Les perruques, en crin, sont souvent portées et coiffées en ailes de pigeon, ou à marteaux. En guise de couve-chef, les hommes portent des chapeaux ronds à larges bords, des chapeaux à "la quaker", à la "jockey", des bicornes dès 1786. Le tricorne orné d'un galon et de duvet ou de plume est typiquement britannique.

1744 HIGHMORE Portrait de la famille Vigor, Victorian and Albert Museum.

Les femmes ont également le goût du confort et de la praticité.Chez elles comme chez les hommes, peu de garnitures et de fioritures. Elles ne poudrent que rarement les cheveux. Les jupes matelassées sont typiques (on ne spéculera pas sur la responsabilité du climat des Iles britanniques!). Les robes à la française sont souvent entièrement fermées devant, portées sur la jupe matelassée, avec une mantille noire. 

1741-42 HAYMAND The Milkmaid's Garland, or Humours of May Day, Victorian and Albert Museum. Les laitières portent des mantuas.

Les "sacks" (autrement dit robes à la françaises) sont moins populaires que les "mantua". Il existe deux types de mantua. Le premier type ressemble à ce que nous appelons une robe à l'anglaise. Porté sur un petit cul, elle a un dos ajusté et cousu dont les deux pans se continuent dans le manteau de robe. Les manches sont assez larges, terminées par des revers en "raquette". Il semble que ce type de robe soit typique de la Grande Bretagne et de la Hollande. Son devant est ajusté agrafé ou épinglé. Le devant du manteau de robe peut être ouvert sur une jupe ou fermé. L'autre type de mantua est en fait la robs de cour portée dans les années 1740 en Grande Bretagne. Le dos est composé comme celui de l'autre type, les deux pans du dos formant une traîne, au dos de la jupe. Celle-ci repose sur de grands paniers rectangulaires à angles droits.


 Deux dos de mantuas (années 1740 à gauche et 1774 à droite): les deux pans du dos se poursuivent dans le manteau de la robe. Victoria and Albert Museum.

 Mantua de cour (de face et de dos), 1745-50, Victoria and Albert Museum.


Le chapeau est également beaucoup porté par les femmes, c'est même une mode typiquement britannique dans la première moitié du XVIIIe siècle. Les étoffes à la mode viennent des Indes et très coûteuses: cachemires, mousselines de coton, "Indiennes" (toiles de cotons imprimées de fleur en Inde).
 Robe à l'anglaise au dos en fourreau (mantua), coton imprimé à Coromandel (côte Est de l'Inde), robe coupée et assemblée au Pays-Bas. Vers 1780, Victoria and Albert Museum.

Le chapeau est également beaucoup porté par les femmes, c'est même une mode typiquement britannique dans la première moitié du XVIIIe siècle. 

1785 WHEATLEY La famille Saithwaite, Metropolitain Museum.

Bien sûr, il va sans dire que ce sont des généralités et qu'en allant plus avant dans le siècle, les modes britanniques se francisent tandis qu'en France, la mode s'anglomanise!

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